L’HEURE DE VERITE POUR MUTAMBA
Tiré de ouraganfm.cd
Le jour-J. Mutamba se trouve face à son destin. 27 août, la date entre dans les annales du jeune tribun. Comme vers les années-indépendance en 60 où Lumumba avait été arrêté pour un imaginaire détournement, l’ex-garde des Sceaux, disciple du héros national, connaît les mêmes tourments aujourd’hui. L’organe de la loi le poursuit pour détournement supposé de 19 millions de dollars alloués dans le projet de construction d’une prison à Kisangani. Des similitudes qui ne trompent sur la trajectoire de vrais leaders. Il attend être fixé sur son sort ce mercredi. De l’acharnement éhonté, hurlent ses partisans. Le leader de l’Opposition républicaine ne se leurre pas après un procès aux accents complotistes. Mutamba est moralement préparé quelque soit la nature du verdict. De partout, les Congolais lui témoignent leur soutien, dénonçant un règlement de comptes patent. Dans l’opinion, le jeunet s’est fait un mythe.
Par Athanase Mwenge
Dans la rue comme sur les réseaux sociaux, la mobilisation ne faiblit pas. Aux veillées de prière devant sa résidence à Kinshasa se succèdent aux manifestations de rue dans les grandes villes du pays. Son visage s’affiche sur des milliers de tee-shirts. Partout, les jeunes crient « au deux poids deux mesures », soit à « la justice aux ordres ». La plupart ne font pas confiance en la justice qu’ils accusent de broyer celui qui était censé redresser les juges et les magistrats. Ainsi, Mutamba passe pour la victime d’un système qu’il a tenté de déraciner.
Dès sa prise de fonction, l’avocat s’était heurté à l’hostilité des peaux dures. Elles avaient gardé une dent contre l’ancien ministre dont les méthodes fortes déchantaient les toges noires. Dans cette bataille, les pro-Mutamba reconnaissent que les détracteurs de leur guide ont pris l’ascendant surtout qu’ils sont soutenus dans leur schéma par des vieux routiers politiques décidés à éliminer de la course à la présidentielle de 2028 un jeune, à leurs yeux, aux ambitions démesurées.
Lors du débat à l’Assemblée nationale sur la requête du chef du parquet demandant l’autorisation des poursuites contre le mis en cause, le député UNC, Baudouin Mayo Mambeke ne s’était pas empêché d’afficher sa rage en disant tout haut que « le pays n’avait pas besoin d’une jeunesse pressée ». Allusion faite à Mutamba dont le principal reproche est d’avoir cassé les codes établis.
JAMAIS ABATTU.- A la barre lors de la dernière audience, Mutamba, d’une voix blanche, ponctuée de longues pauses, semblait extrêmement touché. Il s’en était d’abord remis aux Écritures saintes qui fondent sa foi chrétienne, en évoquant le livre des Psaumes, chapitre 34, verset 19 : « Le malheur atteint souvent les justes et Dieu les en délivre toujours ». Mutamba croit fermement que le Tout-Puissant, qu’il sert depuis son enfance, viendra à son secours même à la dernière minute. Et d’ajouter que l’histoire et ses ancêtres finiront par le rétablir et le justifier. « Le Dieu que je sers depuis mon enfance, avec sincérité, celui pour qui j’ai refusé de me compromettre au ministère de la Justice en servant les pauvres, les orphelins et les veuves, est juste et vivant. Il ne m’a jamais abandonné, quelles que soient les épreuves. Je crois en lui et je sais qu’il me viendra au secours. L’histoire me rétablira. Et le Dieu de mes ancêtres me justifiera », a-t-il professé.
L’élu de Lubao s’est également appuyé sur un dicton russe sur la résilience. « Ce dont le destin est fini, pendu, ne se noie pas ». Tête haute, l’ancien ministre a qualifié ce « procès de sa vie » comme la preuve ultime qu’il suivait la bonne voie dans la lutte pour une justice équitable. Il a rappelé que son engagement contre les antivaleurs remonte à son adolescence, au prix de sanctions qu’il assumait. « Cela ne me serait pas arrivé autrement. Depuis l’école, où j’avais 15 ans, j’ai créé l’Association de lutte contre la tricherie, puis à l’Université protestante au Congo, l’Association de lutte contre les antivaleurs dont j’étais président. Je me suis opposé farouchement à toutes les antivaleurs, ce qui m’a valu de reprendre en deuxième session alors que j’avais distingué, un prix que j’ai payé avec honneur. Au ministère de la Justice, j’ai subi la même injustice alors que je voulais faire mon travail correctement, redresser les choses pour le bien de tous et des générations futures », avait-il relaté.
SES CONFESSIONS.- Mutamba a déjà lâché les rênes du ministère de la Justice. Il est parti du gouvernement blessé, meurtri, mais avec la conviction d’avoir servi sans détour. L’ex-garde des Sceaux a quitté ses fonctions dans un climat qu’il qualifie lui-même de « sabotage institutionnel ». Dans sa lettre de démission adressée au président de la République, l’avocat avait confessé avoir été humilié, non pas pour des fautes qu’il aurait commises, mais pour avoir refusé de transiger sur ses principes. « Je suis aujourd’hui victime de mon intégrité. Ma loyauté envers votre autorité est indéfectible. Je n’ai jamais compromis mes valeurs et je ne le ferai jamais. Je n’ai pris aucun dollar de l’État », a-t-il juré. Mutamba n’a pas plaidé pour sa survie politique, mais pour la préservation de ce qu’il considère comme l’essentiel : « son honneur ».
Celui qui se voulait le visage d’une justice rénovée, affirme avoir échappé à plusieurs tentatives d’empoisonnement et d’élimination physique, qu’il impute à des réseaux mafieux infiltrés au sein même de l’appareil d’État. « Je suis victime d’un complot. Ce complot ne vise pas ma personne, mais cherche à désorganiser la réponse de l’État face à l’agression et à bloquer les réformes internes ». D’après le trentenaire, la manigance visait à neutraliser les réformes judiciaires en cours et à entraver la riposte gouvernementale contre l’agression rwandaise. « Alors que je menais des poursuites contre des hauts responsables de l’AFC/M23, j’ai été surpris par un coup de poignard dans le dos », a-t-il regretté.
Toutefois, l’ancien candidat à la présidentielle de 2023 a promis de rester fidèle à ses convictions, malgré l’adversité. « Je ne peux rappeler ici le degré de mon engagement envers notre mère patrie… Je resterai debout, malgré l’injustice », a-t-il promis.
BILAN HONORABLE.- De son bilan, le chef de file de la DYPRO peut se targuer d’avoir laissé une forte empreinte dans le secteur, longtemps considéré comme malade et gangrené. Nommé pour impulser une transformation profonde, il revendique des réformes audacieuses, souvent menées contre vents et marées. L’opposant républicain dit avoir agi pour rendre la justice plus accessible et plus juste, avec des mesures phares qui ont touché les plus vulnérables comme les institutions publiques dont la réhabilitation de milliers de citoyens spoliés, quels que soient leur statut ou leur fortune ; la protection des entreprises publiques contre la saisie abusive de leurs biens; la réduction des décisions judiciaires iniques grâce à une commission mixte de contrôle; la numérisation des procédures commerciales et modernisation des juridictions; la sécurisation du climat des affaires, via un guichet unique de création d’entreprise en 48 heures et enfin le ferme engagement contre la criminalité et l’agression rwandaise.
DES JEUNES DEBOUT.- Des jeunes inondent la Toile des messages de soutien à Mutamba. « Je suis Mutamba », « soutien à Mutamba », « libérez Mutamba », peut-on lire de plus en plus, après deux posts quand on scrolle sur Facebook. Les plus inspirés ont composé des chansons ou des sketches pour exiger la libération du prodige. En Europe, des manifestations sont organisées même de collectes de fonds en faveur de Mutamba. La génération Z semble avoir trouvé son Messi en qui il croit pour changer les choses après la déception de ceux qui, depuis l’indépendance ou après les années 70, traversent les régimes de la première à la troisième République en passant par la deuxième.
Depuis un temps, Mutamba est présenté comme le futur président de la République. Malheureusement, de tels messages tendent à faire griller le joker. Les conservateurs sont prêts à le piétiner sur la tête rappelant que « la politique n’est pas l’Église où la morale est de mise ». S’il est condamné et rendu inéligible, ce qui paraît évident à moins d’un miracle, ses calomniateurs auront réussi à mettre hors course un gladiateur qui recule difficilement. Pas pour rien qu’on le traite de « héros malheureux » ou de « populiste ».
Mais pour Mutamba, ce procès lui a inspiré deux syllogismes. Dans le premier, il avait été chargé de construire une prison, mission qu’il a accomplie, avant d’être accusé de détournement, alors que les fonds étaient sécurisés en banque et que toutes les autorités en étaient informées. Le second concernait 19 millions jamais utilisés par lui, mais que le ministère public prétendait détournés. Il se dit ne pas surpris par ces accusations, rappelant qu’un précédent réquisitoire avait été dressé peu après sa nomination, basé sur un rapport élaboré à son insu par des juges qu’il avait récusés.
MUTAMBA S’EST TAILLE DU CHEMIN DANS LE ROC.- Au caractère solide, Mutamba a taillé la racine du feu en décidant de créer une organisation citoyenne dès son passage à l’université. La trentaine révolue, Constant Mutamba est un jeune citoyen habitué aux épreuves et aux défis. Son parcours inspirant séduit. Initiateur de la NOGEC (Nouvelle génération pour l’émergence du Congo), sa structure associative est vite passée du parti à un regroupement politique de référence en République démocratique du Congo. Issu d’une famille modeste, l’avocat, mandataire des carrières et des mines, a su puiser une riche expérience politique au sein de la méga plateforme FCC (Front Commun pour le Congo de l’ex-président Joseph Kabila) qu’il a quitté pour conserver intactes ses convictions politiques de départ. Le battant s’est forgé dans l’opposition pendant et après le régime Kabila jusqu’à fédérer plusieurs autres regroupements politiques autour de lui sous l’appellation de DYPRO (Dynamique progressiste révolutionnaire, Opposition républicaine).
En dépit de ses distances justifiées avec l’opposition radicale, Mutamba fonce et perce. Depuis décembre 2021, la plateforme politique du jeune opposant est représentée à la Commission électorale nationale indépendante de la RDC, quota de l’opposition constitutionnelle. Ses sorties politiques l’ont suffisamment propulsées dont la plus suivie reste ce sit-in tenu le vendredi 8 décembre 2022 devant l’ambassade de France à Kinshasa au terme duquel il avait déposé un mémorandum à l’attention d’Emmanuel Macron. Le 30 mai 2023, Constant Mutamba et sa dynamique avaient marché à Kinshasa pour exiger le maintien du calendrier électoral au 20 décembre 2023. Brillant, l’ex-garde des Sceaux a toujours affiché des ambitions présidentielles.
A 35 ans, il avait competi à la présidentielle de 2023 terminant au sixième rang, une place de choix s’il faut le juger par rapport à la concurrence en face et ses maigres moyens mobilisés. Toujours droit dans ses bottes, l’opposant mène des croisades sur l’ensemble du pays pour prêcher l’idéologie de sa famille politique. Lors de ses grands rassemblements, le chef de file de la DYPRO soulève des foules, confirmant son encrage même loin de son fief. Avec ce procès, Mutamba a pris une autre dimension. Les traces laissées au ministère de la Justice lui ont donné une bonne cote dans l’opinion.